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Arnauld Les Lilas
Directeur de la communication de JL Melenchon
votera pour la Gauche

Le Front-de-Gauche ne roule pas sur l’or. On imagine aisément que les grands groupes industriels et les banques ne se bousculent pas pour les financer. Qui plus est, le fait que Jean-Luc Mélenchon soit aujourd’hui identifié comme un acteur incontournable du champ politique hexagonal fait souvent oublier qu’il s’agit de sa toute première campagne présidentielle, et que son parti, nouvellement créé, ne bénéficie que très peu des remboursements de frais à hauteur des voix recueillies à l’issue des précédents scrutins. C’est pourquoi le QG de campagne que nous découvrons aujourd’hui évoque plutôt les backstages d’un concert de rock ou la tente bédouine que la modernité high-hech des repères des autres « gros » partis que sont l’UMP, le PS, le MODEM et le FN. Passé la porte des Lilas, au fin fond des ruelles et des pavillons maussades d’un quartier ouvrier, le front de Gauche a investi une ancienne usine. Des espaces de travail et de réunion, totalement ouverts, ont été bricolés avec des canapés et des fauteuils de récupération tapissés de couvertures, des tables et des chaises dépareillées, au-dessus desquelles surplombe à l’étage une galerie circulaire de bureaux en préfabriqué contenant le strict minimum. À l’entrée du lieu, au-dessus du bureau de l’accueil, est disposé une espèce d’autel constitué d’un drapeau tricolore croisé avec un drapeau du Front de Gauche, sur la hampe duquel on a noué une écharpe rouge. Frôlant le plafond, dans le souci de dynamiser un espace un peu sinistre, on a suspendu par des filins de gros blocs de polystyrène sur lesquels sont collés des portraits de militants, des éléments urbains, des affiches de campagne. De tout cela émane une atmosphère de lutte, d’urgence, de précarité, mais aussi de chaleur humaine, d’authenticité et de solidarité palpable. Arnauld arrive quelques minutes après nous et ôte sa parka dégoulinante de pluie pour nous dévoiler un look Front Populaire un peu rétro, casquette gavroche et costume brun à rayures ; sur son nez, bien sûr, les fameuses « grandes lunettes » sans lesquelles, nous dira t’il avec ironie, il craindrait de perdre toute son identité.

Engagé au sein d’une lutte médiatique ardue dans un monde où l’image et l’apparence ont valeur marchande, et où la forme tient lieu de fond, on serait tenté d’être surpris du choix, voire de la capacité de Jean-Luc Mélenchon à s’offrir les services d’un directeur de communication dont la lecture du pédigree sur Wikipédia évoque plus les feux du star-system que la foi du charbonnier. Les mots  « diplômé de Science-Po, PARIS PREMIERE, Michel Field, LCI, CANAL+, EUROPE 1, MEDIAPOLIS » y figurent en bonne place. Le look de jeune branché parisien un peu décalé, (les lunettes) au prénom anobli d’un « l », au très chic double nom de famille, même sous la bannière d’une réelle carrière politique et militante à l’UNEF ID, ne saurait être identifiée par l’électeur lambda sans lui évoquer l’époque récente et brève où Frédéric Beigbeder dirigea la communication de Robert Hue, période dans laquelle on a pu lire dans la presse que l’écrivain lui aurait proposé le slogan « Hue coco ! »  Fort des apparences toujours trompeuses, des rencontres de l’Antisondage avec les portes paroles et militants un peu « dans le coup » de tous partis confondus, émane systématiquement le fait que la campagne Web de Mélenchon cartonne ! Tout le monde s’accorde à le dire. Servant parfaitement la fougue naturelle du candidat, les choses sont faites avec talent. On en parle, ça twitte,ça retwitte,  ça partage le lien, ça « aime ça », ça bloggue, ça buzze, ça clashe sur Canal. Yann Barthez pose en sweet-shirt écru méditant à la une du magazine du Monde, et Jean-Luc Mélenchon est en passe de réinventer la gauche sous la monture savamment étrange des lunettes de cet homme de l’ombre qui aime à se mettre en lumière.

Moteur. Car la condition première d’Arnauld Champrenier-Trigano, avant celle d’être un fils à papa, (parce-que mon père avait de l’argent, parce-que ma place n’était pas à gauche), avant même celle d’être un sale juif à l’école « Notre-Dame », (un élément constitutif de mon engagement politique), fut celle de naître illégitime, nous explique t’il d’une voix légèrement traînante. Je suis un modèle à la « Mazarine Pingeot ». Mon père était présent et bienveillant mais j’ai été un enfant caché. J’ai dû me battre pour passer de l’ombre à la lumière, grâce à quoi aujourd’hui tous ces problèmes sont digérés. Un peu par la raison pour laquelle certains n’aiment pas les chansons de Vincent Delerm, on est moins touché par les soucis des riches que par ceux des miséreux. Il n’en reste pas moins que le parcours d’Arnauld vaut bien celui d’un autre, et que les voix de la gauche sont pénétrables, à l’inverse de celle du Seigneur. Etrangement, les gens de droite adoptent une attitude de défiance vis à vis du collectif, mais s’en remettent pourtant à d’autres croyances, comme Dieu ou la main invisible de l’économie. La gauche, c’est justement croire en l’homme. C’est faire confiance à la qualité individuelle et croire en la beauté du collectif.

Arnauld à déjà gagné vingt fois le SMIG. Avec cet argent, il a milité, distribué autour de lui de manière agréable, vacances, voyages, et surtout mis de côté pour se payer le luxe de bosser pour Mélenchon. J’ai fait du gras avant l’hiver. Mon salaire mensuel : Mille deux cent quatre vingt nets. Le revenu le plus modeste que j’ai jamais eu,  nous confie t’il.

Lorsque j’étais assistant au Sénat, nous dira t’il, et que Jean Luc Mélenchon prenait la parole face à l’hémicycle, tout le monde, qu’il soit de droite ou de gauche, s’arrêtait sur le champ pour l’écouter parler. Sur ces bases, c’est d’une arme politique redoutable dont dispose le jeune communiquant déterminé, fort de toutes ses vies, étudiant  lettré, passionné de peinture, de politique et de neurologie, ancien collaborateur de membres Sénateurs, vice-président de l’UNEF, chroniqueur, journaliste, militant désormais engagé à gauche. Entre l’enfant secret à grandes lunettes et l’homme à la cravate rouge, c’est l’alchimie parfaite pour une lutte sociale d’avant garde et sans merci.